DOSSIER
Décembre 2005
LE COURT METRAGE: LE COEUR DES GRANDS
Par Alexandre Tylski, Université Toulouse II, France

 

A ses débuts, il y a cent quinze ans, le cinéma est court. Et nous apprenons que quelques secondes d’images animées peuvent largement suffire à surprendre, effrayer, interroger, faire rire, découvrir et rêver. Le monde entier court alors après les films de Louis Lumière et de Georges Méliès, ces apprentis sorciers devenus des grands. Si, depuis, le court métrage a été quelque peu supplanté par la viabilité industrielle du long métrage (à l’instar peut-être de la demeure par l’immeuble ?), le film court semble transfigurer, toujours et encore, les novices en maîtres. A ce titre, il n’est pas interdit de ressentir les premiers essais et les débuts tâtonnants des cinéastes comme infiniment plus révélateurs et émouvants que tout ce qui suivra parfois.

En tout cas, il reste troublant de voir dans les débuts du cinéma et les débuts des cinéastes un même cœur battant pour le court, comme s’il en restait le milieu absolu. Dès lors, peut-être, il ne s’agirait pas de voir uniquement dans le court métrage un tremplin à carrières ou un rite initiatique destiné à se faire accepter dans la cour des longs. Sans prétendre ici définir les spécificités du court métrage, il convient de dire tout haut combien les courts métrages, quel que soit l’âge ou l’expérience de leurs auteurs, peuvent être uniques et bouleversants, et marquer de manière indélébile celui ou celle qui les aura découverts et traversés. Et l’histoire même des courts métrages est une incontestable jungle riche de raretés et de diversités.

Récemment, Jacky Evrard et Jacques Kermabon dans leur encyclopédie du court métrage français ont été jusqu’à revendiquer, et à démontrer en grande partie, la foncière supériorité artistique du court métrage: « La palette de ce secteur est autrement plus ample et plus libre que ce peut proposer l’histoire du long métrage. Les catégories les plus classiques s’y révèlent particulièrement protéiformes. Se pencher sur le court métrage, c’est rappeler que le cinéma est irrigué de la sève expérimentale, se nourrit des sciences et de tous les arts, qu’il peut être essai, poème, film ethnographique, bande amateur, porno pirate présenté dans les bordels, faux documentaire, film de propagande, cinéma engagé, film sur l’art, et bien d’autres choses encore. »

Au-delà des comparaisons et des défenses de territoire, décidons peut-être surtout de connaître aussi le cinéma par courts. Essayons par là même, de replacer le court métrage au centre de l’enseignement et de l’économie cinématographiques, à l’heure où trop peu de médias sonores, audiovisuels et écrits transmettent l’amour du film court, alors que tel était le cas il y a encore quelques décennies. Ces paroles résonnent-elles comme une veille bouteille jetée dans la mer ? Peut-être pas. A en juger par l’énergie de certains organismes et cinéastes, le court perdure et n’en finit plus de se propager et de se transformer, revêtant aussi, on le sait, l’apparence du clip publicitaire, humanitaire et musical, et autres extensions grandissantes du court métrage.

A bien y penser, nous sommes tous nés et vivons tous en compagnie du court métrage sans même nous en rendre toujours compte. Et nous croyons connaître des cinéastes aujourd’hui sans savoir qu’ils débutèrent par le court, ou sans avoir eu la chance de découvrir enfin leurs premiers films. Le parcours proposé récemment par Julien Hossein (Europacorp) et Cadrage, à travers le DVD « Le Court des Grands », est celui de la révélation, du voyage dans le temps, du retour à l’origine de nos héros – une préoccupation très contemporaine si l’on en juge aux films sortis ces dernières années. Remontons donc, recollons, au commencement, ce rembobinage fondamental circulant au cœur de tous les géants.

Pistes pédagogiques

Le court métrage est de plus en plus utilisé par les enseignants du primaire et du secondaire, car il représente un genre cinématographique pratique (courte durée des films lors d’une séance de travail souvent limitée par le temps) et souvent riche et passionnant (l’histoire du court métrage étant nourrie d’expérimentations libératrices et de chef d’œuvres attirants les élèves les plus rétifs) pour l’apprentissage du cinéma et du langage audiovisuel. Voici quelques exercices éducatifs possibles autour de courts métrages.

Propositions théoriques, orales et écrites

- Débat, visionnage et questionnement en classe autour de l’histoire des courts-métrages : quels sont les premiers courts métrages ? Quels sont les grands cinéastes et les grands courants du court métrage ? Quels sont les différences et les points communs possibles entre courts, moyens et longs métrages ?
- Réflexion et rédaction écrite, ou présentation orale devant la classe, individuelle ou collective, d’une analyse de court métrage ou d’un dossier sur l’histoire du court métrage.
- Rédaction écrite individuelle, ou présentation orale devant la classe, de fiches de lecture autour de livres abordant l’histoire du court métrage ou des cinéastes importants du court métrage.

Propositions pratiques, techniques et artistiques

- Faire réaliser par petits groupes plusieurs courts métrages sur un même thème imposé. Présentation, explication et légitimation orale des films devant la classe et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes une affiche originale pour un (ou chacun) des 12 courts-métrages présentés ici. Présentation, explication et légitimation orale des films devant la classe et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes un site Internet informatif et analytique sur un court métrage imposé. Présentation, explication et légitimation orale des films devant la classe et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.
- Faire réaliser par petits groupes des bonus DVD informatifs et analytiques sur un court métrage imposé. Présentation, explication et légitimation orale des films devant la classe et débat collectif autour de travaux de chaque groupe.

Ressources bibliographiques

Sélection non exhaustives de ressources existantes à ce jour sur les courts métrages et les 12 cinéastes présentés dans le DVD Le Court des Grands.

Essais et synthèses autour des courts métrages

Collectif, Une encyclopédie du court métrage français, Ed. Yellow Now, 2004, 465 p.
BLUHER (D.) & THOMAS (F.), Le court métrage français…, Ed. PU Rennes, 2005, 403 p.
DUTY (Claude), Réaliser un premier court métrage, Ed. Scope, 2001, 124 p.
MARCHE (Jean-Bernard), Ecrire et réaliser un court métrage, CRDP Orléans, 2002
PINEL (Vincent), Louis Lumière, inventeur et cinéaste, Ed. Nathan, 1994
PORCILE (François), Défense du court métrage français, Ed. Cerf, 1965
RUDNICKI (Jean-Marc), Ecrire un court métrage, Ed. Dixit, 1999
TYLSKI (Alexandre), Roman Polanski ses premiers films polonais, Ed. Aléas, 2004, 159 p.

Monographies (en français) autour des cinéastes

BOUINEAU (Jean-Marc), Le petit livre de Emir Kusturica, Ed. Spartorange, 1993, 112 p.
BOUINEAU (J.-M.), Le petit livre de Paul Verhoeven, Ed. Spartorange, 1994, 112 p.
BOUINEAU (J.-M.), Le petit livre de Terry Gilliam, Ed. Spartorange, 2001
DEVILETTE (Sylvie), Luc Besson, Ed. Intervista, 2003
GIRALDI (Massimo), Luc Besson, Ed. Gremese, 2004, 111 p.
GRUNBERG (Serge), Il était une fois Underground, Ed. Cahiers du Cinéma, 1995, 121 p.
HEARN (Marcus), George Lucas, Ed. de la Martinière, 2005, 263 p.
KEESEY & DUNCAN, Paul Verhoeven, Ed. Taschen, 2005, 191 p.
LASAGNA (Roberto), Lars Von Trier, Ed. Gremese, 2003, 127 p.
O’NEIL (Eithne), Stephen Frears, Ed. Rivages & Payot, 1994, 219 p.
TYLSKI (Alexandre), Roman Polanski, Ed. Gremese, 2005, 125 p.

Monographies (en anglais) autour des cinéastes

BJORKMAN (Stig), Lars Von Trier, Faber & Faber, 2005, 272 p.
CLARK (James), Ridley Scott, Virgin, 2002, 278 p.
GILLIAM (Terry), Gilliam on Gilliam, Faber & Faber, 2000, 304 p.
GOCIC (Goran), The Cinema of Emir Kusturica, Wallflower Press, 2001, 192 p.
IORDANOVA (Dina), Emir Kusturica, BFI, 2002, 240 p.
KNAPP & KULAS, Ridley Scott Interviews, University Press of Mississippi, 2005, 272 p.
LUMHOLDT (Jan), Lars Von Trier Interviews, University Press of Mississippi, 2003, 218 p.
MARGOLIS (Harriet), Jane Campion’s The Piano, Cambridge University Press, 2000, 22 p.
POLAN (Dana), Jane Campion, BFI, 2001, 208 p.
STERRITT & RHODES, Terry Gilliam Interviews, University Press of Mississippi, 2004, 228 p.
STEVENSON (Jack), Lars Von Trier, BFI, 2002, 224 p.
VAN SCHEERS (Rob), Paul Verhoeven, authorized biography, Faber & Faber, 1996, 256 p.
WEXMAN (Virginia), Jane Campion Interviews, Roundhouse Publishing, 1999, 256 p.

Ressources Internet

Sélection non exhaustives de sites existants à ce jour sur les courts métrages.

L’AGENCE DU COURT METRAGE, in http://www.agencecm.com/
ATELIER DU COURT, in http://www.film-court.com/
CINE COURTS, in http://www.cine-courts.com/
FESTIVAL TRES COURT, in http://www.trescourt.com/
FESTIVAL COTE COURT, in http://www.cotecourt.org/
FESTIVAL DU COURT, in http://www.clermont-filmfest.com/
FESTIVAL DU COURT DOCUMENTAIRE, in http://www.docencourts.com/
FESTIMAGES, in http://www.festimages.com/
FESTIVAL LES LUTINS, in http://www.leslutins.com/
FESTIVAL OFF COURTS, in http://www.off-courts.com/
FESTIVAL PARIS TOUT COURT, in http://www.paristoutcourt.org/
MAISON DU FILM COURT, in http://www.maison-du-film-court.org/
LE PORTAIL DU COURT METRAGE, in http://www.le-court.com/

Textes et ressources de Alexandre Tylski (directeur de la revue Cadrage, chercheur à l'ESAV/LARA (Toulouse II), réalisateur de courts-métrages, auteur d'un livre sur les courts-métrages de Roman Polanski intitulé "Roman Polanski, ses premiers films polonais" (Ed. Aléas) et responsable des bonus "Analyses filmiques" dans le DVD "Le Court des Grands", Europacorp, 2005). A.Tylski/Cadrage/Arkhome ISSN: 1776-2928. Tous droits réservés.

 

Alexandre Tylski, Cadrage décembre 2005

 

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