DOSSIER
Juin 2008



DOSSIER MERLIN AU CINEMA

Par Gaëlle Zussa,
docteur en Lettres Université de Neuchâtel, Suisse

 

Merlin, réécritures contemporaines d'un personnage littéraire médiéval au cinéma. Analyse narratologique de la mise en scène du pouvoir de métamorphose dans trois œuvres cinématographiques

Dans la légende littéraire de Merlin, le pouvoir de métamorphose apparaît pour la première fois chez l'auteur gallois Geoffroy de Monmouth, dans son Historia Regum Britanniae (12 e siècle). Uter, le roi de Bretagne, est éperdument amoureux d'Ingern, la femme de son vassal le duc Gorlois. Afin de le guérir et de permettre la conception du futur roi Arthur, Merlin lui donne l'apparence de son rival, et transforme Ulfin (un proche d'Uter) et lui-même en familiers du duc : « Par des philtres magiques il donne à Uter l'apparence de Gorlois, à Ulfin celle de Jordan de Tintagel, familier de Gorlois, et il prend lui-même la forme de Brithael. »(1). Un premier élément est donné au lecteur : l'utilisation de « philtres magiques » nécessaires à la métamorphose. D'autre part, il est intéressant de noter que Merlin possède la capacité de transformer non seulement autrui, mais également son apparence propre. Dans le Merlin de Robert de Boron (13 e siècle), l'épisode est repris mais c'est grâce à une herbe magique que la métamorphose est possible :

Merlin revint seul auprès du roi pour lui apporter une herbe.
– Frottez, lui dit-il, votre visage et vos mains avec cette herbe.
Le roi s'en frotta et, l'opération terminée, il fut exactement semblable au duc.
– Rappelez-vous bien maintenant la figure de Jordain.
– Je la connais parfaitement, répondit le roi.

Merlin retourna auprès d'Ulfin, le transfigura en Jordain et l'amena par le mors de son cheval devant le roi.

– Seigneur Dieu, dit Ulfin en se signant après avoir regardé le roi, est-il possible de réussir une si parfaite ressemblance !
– Que t'en semble ? lui demanda le roi.
– Trait pour trait, vous êtes le duc !

Et Uter reconnut qu'Ulfin était le sosie de Jordain. Un instant après ils se tournèrent vers Merlin qu'ils prirent vraiment pour Bretel (2).

De nouvelles informations apparaissent dans cette version : il suffit à Uter de se frotter le visage et les mains avec une herbe pour prendre instantanément l'apparence du duc. Concernant Ulfin, le texte ne dit pas si Merlin se sert à nouveau de l'herbe ou s'il le transforme par un autre moyen, le seul élément donné est le verbe « transfigurer » (également utilisé dans le texte d'origine en ancien français). Enfin, aucun élément n'est donné sur la manière dont Merlin prend l'apparence de Bretel. Ulfin et Uter le découvrent après sa transformation, comme si le héros s'était caché pour se servir de son pouvoir. Dans un autre épisode, Merlin demande à être seul pour changer d'apparence :

– […] Sortez un instant et je me montrerai à vous sous les traits du serviteur.

Ils sortent tous les deux et à peine sont-ils dehors qu'il les suit, il fait signe à Uter et lui apparaît sous les traits du garçon (3).

Sa métamorphose semble instantanée, aussitôt les deux frères (Uter et Pendragon) retournés, il change d'apparence. Une part de mystère apparaît donc dans le texte de Robert, ce qui n'est pas surprenant au Moyen Âge où la métamorphose effraye (4). Merlin est sans cesse en train de se jouer des hommes en leur apparaissant sous les traits d'un vieillard, d'un mendiant, d'un bûcheron, d'un jeune serviteur, etc. À tel point qu'il en devient insaisissable, sans apparence propre et véritable. Le texte ne donne que très peu d'éléments sur l'utilisation et le fonctionnement du pouvoir, l'expression qui qualifie la métamorphose est toujours la même : « prendre l'apparence » ( prendre la samblance en ancien français).

Dans le Merlin de Steve Barron (5), le héros utilise le pouvoir de métamorphose à deux reprises seulement. La première fois, il donne l'apparence du duc de Cornouailles à Uther (chap. 18). Les deux personnages apparaissent en plan rapproché et en contre-champ, c'est-à-dire dos à la caméra et face à la mer, assis sur leur cheval. À l'arrière-plan, on distingue une falaise, la forteresse de Tintagel et la mer. Il fait sombre, le temps est pluvieux et la forteresse est entourée d'une brume qui donne un caractère mystérieux et magique à la scène. Notons que Merlin et Uther se regardent mais le spectateur ne distingue que le visage du premier, au contraire de celui du roi, caché par les protections latérales de son casque. Cela suggère déjà la métamorphose : Uther pourrait être n'importe qui sous cette armure puisqu'on ne voit pas son visage. Les deux protagonistes occupent l'espace de manière égale mais ils s'opposent par les costumes et les couleurs qu'ils portent. Les vêtements de Merlin sont foncés, son heaume crânien épouse parfaitement la forme de sa tête et il est assis sur Rupert dont le poil est gris-blanc. Uther porte une cape et un casque à crête rouge et son cheval est noir. Ces différences soulignent la dissymétrie entre les deux héros dont la relation de confiance et d'amitié a été brisée. En effet, Merlin a décidé d'accorder son aide à Uther en échange de l'enfant qu'il concevra avec Ygerne, mais il lui a aussi adressé de nombreux reproches sur son obstination à séduire la femme d'un autre. Le héros va tendre son bras et sa paume vers le visage d'Uther, ce qui crée un bruit de tonnerre, puis la tourner légèrement comme pour déclencher son pouvoir. Un plan rapproché sur Uther et son cheval révèle alors la métamorphose : une lumière intermittente provoquée par des éclairs fait apparaître successivement le visage d'Uther puis celui du duc de Tintagel pour s'arrêter au final sur l'apparence de ce dernier. Ainsi, Steve Barron offre au spectateur une véritable mise en scène de la métamorphose à travers la technique de la lumière intermittente. De plus, Merlin utilise sa main associée aux éléments naturels (puisque le tonnerre et les éclairs accompagnent son mouvement) pour provoquer ce pouvoir. Notons que Morgane, la fille d'Ygerne, verra Uther sous sa véritable apparence et non celle de son père, ce que le spectateur découvre grâce à une focalisation interne sur la petite fille. En effet, un plan sur Ygerne et Morgane est suivi d'un autre sur Uther entrant dans la pièce sous l'apparence du duc. Puis un plan sur Morgane est suivi du même plan sur Uther qui apparaît alors sous sa véritable apparence. Les pleurs de la fillette montrent encore que la métamorphose n'a pas d'effet à ses yeux. Enfin, soulignons que ce pouvoir garde ici un aspect négatif, déjà présent au Moyen Âge par sa connotation de tromperie. Merlin et son cheval Rupert ont une conversation après le départ d'Uther vers la forteresse :

– Tu n'as pas l'air d'approuver !
– Et pourquoi voudrais-tu que j'approuve !
– La fin justifie les moyens mon cher Rupert !

Merlin a conscience de faire quelque chose de mal, de même que le héros de Robert de Boron (6), mais il le fait pour pouvoir installer un meilleur roi sur le trône. Il va provoquer, sans le savoir, la haine de Morgane envers Arthur et l'engendrement de Mordred.

À la fin du film, le héros va utiliser une dernière fois son pouvoir de métamorphose avant de renoncer définitivement à la magie : « Je crois qu'il me reste un dernier tour ! » ; « Il ne m'en reste plus, on peut dire adieu à la magie ! » (chap. 36). Merlin utilise simultanément la métamorphose sur Nimue et lui-même après avoir retrouvé sa bien-aimée dans la forêt. Ils vont pouvoir rattraper les années perdues en rajeunissant car ils sont devenus tous deux extrêmement vieux. Encore une fois, les techniques du cinéma, notamment les effets spéciaux, permettent de mettre en scène ce pouvoir. Les deux héros se font face dans un plan rapproché, Nimue étant en contre-champ. À l'arrière-plan, on distingue les arbres de la forêt et les feuilles mortes qui jonchent le sol. Les amants sont en harmonie dans ce plan, au contraire de celui avec Uther. Les formes, les couleurs de leurs vêtements et la longueur de leurs cheveux blancs s'accordent parfaitement. Merlin va opérer une double métamorphose simultanée : il tend sa main gauche vers le visage de Nimue et ramène la droite vers le sien. On assiste ainsi à une symétrie parfaite entre les deux visages et les deux mains, même si ces dernières sont celles de Merlin. Si l'on compare avec la métamorphose d'Uther, le héros n'avait qu'une main tendue vers le roi, il n'y avait pas de réciprocité dans ce mouvement, il ne s'incluait pas dans la métamorphose. Uther apparaissait seul ensuite dans un plan rapproché où le spectateur pouvait voir sa transformation. Ici, Merlin et Nimue restent tous deux présents dans un plan-séquence dont ils monopolisent l'espace à tour de rôle. Après avoir placé ses mains, le héros effectue le même mouvement déclencheur que pour Uther, puis les laisse retomber. Le réalisateur choisit alors d'utiliser le travelling circulaire pour dévoiler au mieux les transformations des deux protagonistes. Il place ainsi les amants dans une sorte de bulle magique. En effet, le mouvement rapide des arbres à l'arrière-plan étourdit le spectateur, il n'y prête plus attention et se focalise sur les deux amants autour desquels plus rien ne semble exister. Le travelling dévoile tout d'abord la transformation de Nimue : son visage rajeunit petit à petit, ses rides disparaissent et ses cheveux blancs reprennent leur couleur brune. Merlin masque Nimue très rapidement au cours de ce mouvement circulaire de la caméra (puisqu'il se tient en face d'elle et que la caméra tourne autour d'eux) ce qui retient l'attention du spectateur, crée du suspense et permet de la découvrir encore plus transformée. Puis la caméra, tout en continuant son mouvement circulaire et sans changer de plan, passe de Nimue à Merlin et montre la même transformation : son visage rajeunit, ses cheveux et sa barbe raccourcissent et reprennent leur couleur brune. Nimue masque aussi cette transformation provoquant les mêmes effets déjà énoncés. Notons également qu'une lumière traverse les visages des deux amants pendant leur transformation ce qui souligne la présence de la magie, de même que la musique extradiégétique dont certains instruments comme le carillon ou la harpe sont souvent associés à des scènes où apparaît le surnaturel. Ainsi, cette métamorphose dévoile beaucoup d'informations au spectateur : Merlin utilise encore une fois ses mains et les transformations se font cette fois de manière progressive, grâce à une lumière qui semble envahir les visages des amants. La métamorphose d'Uther était plus subite et instantanée à travers sa mise en scène grâce à la lumière intermittente des éclairs. Cependant, celle des amants n'est pas momentanée mais perpétuelle, de plus il ne s'agit pas d'un changement radical d'apparence mais d'un rajeunissement. Merlin ne cache pas sa transformation au contraire de son homologue médiéval, elle a lieu non seulement devant les yeux de Nimue, mais surtout devant ceux du spectateur. Encore une fois, celui-ci a accès à de nombreuses informations sur les pouvoirs du héros et leur fonctionnement. Enfin, aucun aspect négatif n'est lié à cette dernière utilisation du pouvoir de métamorphose.

Dans Excalibur de John Boorman (7), Merlin métamorphose également Uther mais il ne procède pas de la même manière. C'est grâce au souffle du dragon auquel il fait appel à l'aide d'un charme, qu'il va pouvoir lui donner l'apparence du duc. Ils se rendent sur une falaise, séparée du château du duc de Cornouailles par la mer (chap. 15) et s'installent dans un site qui rappelle Stonehenge, dont les mégalithes forment un cercle. Merlin, cadré en plan moyen, est au centre de l'image, les bras levés et écartés, son bâton brandi par sa main droite. Il commence à prononcer le charme dans une langue inconnue qui ressemble à du celtique. À l'arrière-plan, Uther tire son cheval. Le plan suivant présente la même scène mais en contre-champ : Merlin de dos, dans la même position, continue à répéter le charme. Il est cadré en plan de demi-ensemble cette fois pour souligner la présence du château du duc et le gouffre qui les en sépare. Puis, dans le plan rapproché suivant, il apparaît de face et baisse les bras. Différents plans se succèdent ensuite : un plan rapproché sur Uther, qui s'est assis contre un rocher et s'endort pendant que la caméra opère un zoom avant, qui finit en gros plan. Puis un gros plan sur Merlin qui reste concentré, avant l'apparition d'un autre gros plan sur Uther endormi. Un fondu enchaîné intervient alors pour signifier un saut dans le temps. Il s'achève encore une fois sur un gros plan d'Uther endormi. Cependant, le roi n'est plus positionné au centre de l'image mais sur la gauche et l'éclairage est différent, il fait complètement nuit, ce qui souligne l'écoulement du temps. Merlin apparaît ensuite en plan rapproché, il est toujours concentré et regarde devant lui comme auparavant. Le temps semble s'être arrêté. Uther, en gros plan, pousse un cri et se réveille. Merlin en gros plan semble s'effrayer et le regarde, il sort de sa méditation. Uther en gros plan : « J'ai rêvé du dragon ». Puis, à nouveau un gros plan sur Merlin : « Je viens de le réveiller. Ne vois-tu pas tout autour de toi le souffle du dragon ? ». Le cadrage revient sur Uther en gros plan qui découvre quelque chose qui est encore caché au spectateur, avant de présenter le roi en contre-champ, avec à l'arrière-plan une brume épaisse qui forme un tapis clair-obscur jusqu'au château du duc, et dont certaines parties sont d'un blanc immaculé. Uther, porté par cette brume, pourra ainsi rejoindre l'entrée du château et prendre l'apparence du duc de Cornouailles :

– Je vais te faire à la semblance du duc, Igraine pensera que son époux est de retour.
– Mais cette falaise, cette mer ?
– Mon désir sera ton soutien. Tu flotteras sur le souffle du dragon. Va ! (chap. 5).

Ainsi, faire appel au souffle du dragon correspond à un véritable rituel. Le charme, la concentration extrême du héros, l'obscurité, le saut dans le temps… Le jeu sur les gros plans qui passent alternativement de Merlin à Uther intensifie encore le mystère et crée une atmosphère tendue, presque effrayante, car le spectateur n'a accès à aucun indice avant de découvrir le souffle du dragon. Puis Merlin envoie Uther sur son cheval vers le château du duc de Cornouailles. Une falaise les sépare mais le roi est porté par la brume magique à travers laquelle il galope librement. Un premier plan moyen le présente en armure et casque rabaissé, en train de galoper au ralenti entouré d'une brume blanche et d'une nuit noire, ce qui crée un contraste très fort. Puis un fondu enchaîné rapide fait apparaître un plan moyen de Merlin, debout au bord de la falaise, entouré des mégalithes au centre desquels il avait fait appel au souffle du dragon. Il tient son bâton bien droit à côté de lui et le lève brusquement vers le ciel en criant : « Va ! ». Un autre fondu enchaîné fait réapparaître Uther en plan rapproché cette fois et de profil, suivi par un mouvement panoramique latéral droit de la caméra. Il ne se déplace plus au ralenti, comme si l'ordre de Merlin avait permis de repasser à une vitesse normale. Puis un gros plan sur Uther, toujours consécutif à un fondu enchaîné, montre son casque, balancé d'avant en arrière par le galop du cheval. Il entre et ressort de nuages de brume. On entend la voix hors-champ de Merlin : « Prends l'apparence du duc ! » avant de découvrir à nouveau, après un fondu enchaîné rapide, le même plan du héros au bord de la falaise et la suite de ses paroles : « Change-toi ! Transforme-toi ! ». Puis le plan repasse sur Uther après un nouveau fondu enchaîné et la voix hors-champ de Merlin termine en ordonnant : « À l'instant ! ». À ce moment précis, le casque que l'on connaissait est masqué par un nuage de brume et ressort métamorphosé : il ne s'agit plus de l'armure d'Uther mais de celle du duc. Ainsi, John Boorman choisit de mettre en scène le pouvoir de métamorphose en utilisant la brume et en présentant d'abord uniquement une transformation d'armure et de casque. Le souffle du dragon est l'instrument qui permet à Merlin de métamorphoser Uther : c'est en passant à travers un nuage de brume magique que le roi change d'apparence. Notons tout de même que Merlin en donne l'ordre à un moment précis et que la transformation a lieu de manière instantanée (« À l'instant ! »). Mais le héros se tient à distance, il n'a aucun contact physique avec Uther, le souffle du dragon est assurément l'élément qui va permettre la métamorphose. Les fondus enchaînés créent une atmosphère mystérieuse, hors du temps et de l'espace. Ils symbolisent souvent un saut dans le temps, pourtant ici ils apparaissent à chaque changement de plan. Les repères temporels sont donc ébranlés et la scène semble se situer en marge du reste de l'histoire. D'autre part, de même que chez Steve Barron, la jeune Morgane ne va pas percevoir les effets de cette métamorphose et remarque immédiatement qu'il ne s'agit pas de son père (chap. 6). Un premier plan rapproché présente Igraine qui console la fillette dans son lit. Celle-ci prétend que son père est mort (en effet, un plan précédent a montré le duc en train de mourir, empalé sur des piquets pendant une bataille). Puis un gros plan sur Uther succède au premier. Le roi soulève son casque et laisse apparaître sa véritable apparence, ce qui signifie qu'on se trouve en focalisation interne sur Morgane, puisque la métamorphose a eu lieu. Un plan parallèle apparaît ensuite, celui du duc empalé, agonisant et soulevant également son casque, comme si les deux hommes n'en devenaient plus qu'un seul. Puis un gros plan sur Uther le montre en train de retirer le casque, son visage est donc masqué pendant un court instant et lorsqu'il réapparaît, il a pris l'apparence du duc. La focalisation est donc repassée sur Igraine qui voit son mari et non Uther. Notons que John Boorman utilise un artifice pareil à la brume : le retrait du casque. Il permet de passer d'une apparence à une autre sans trop d'effets spéciaux. Plus loin, lorsque Uther embrasse Igraine, il voit Morgane l'observer de derrière un rideau. Encore une fois, c'est sa véritable apparence qui est présentée, on revient donc à une focalisation interne sur Morgane. Ainsi, John Boorman joue sur les différentes apparences d'Uther, la véritable et la fausse, en utilisant la perception de la fillette et celle de sa mère. Il rappelle ainsi au spectateur qu'il ne s'agit que d'une métamorphose et que le roi est bien celui qui s'apprête à engendrer Arthur. Pour finir, ce pouvoir garde l'aspect négatif et diabolique, présent dans les romans médiévaux. En effet, Merlin est aussi conscient de tromper Igraine, il a essayé de dissuader Uther avant de lui demander son enfant en échange de ses services (chap. 4). Cela va déclencher la haine de Morgane qui l'enfermera dans une prison de glace à jamais.

Dans le film de Walt Disney, Merlin l'enchanteur ou The Sword in the stone (8), la métamorphose apparaît très fréquemment. Le héros fait appel à deux instruments fondamentaux lorsqu'il utilise ce pouvoir : la baguette et la formule magique. La métamorphose est surtout utilisée dans le cadre de l'éducation d'Arthur, elle doit apprendre au futur roi comment se servir de son intelligence :

– Tu as cru que tu pouvais plonger d'un seul coup n'est-ce pas ?
– Je suis un poisson pas vrai ?
– Tu ressembles à un poisson, c'est tout ! Ça ne veut pas dire que tu sais nager, tu n'as pas l'instinct, il faut que tu te serves de ton cerveau (chap. 7).

Moustique et Merlin deviennent d'abord des poissons. Le jeune garçon sera confronté à un énorme brochet dont Archimède, le hibou fidèle du héros, le sauvera. Puis ils prennent l'apparence d'écureuils :

– As-tu jamais pensé devenir un jour un écureuil ?
– Oh non je n'y ai jamais songé !

– Eh bien tu sais, voilà une créature minuscule qui a d'énormes problèmes. Pour survivre, il faut qu'elle les résolve vite, et j'ai pensé qu'il serait instructif que tu en sois un car sa petite vie est très difficile et toujours dangereuse (chap. 9).

Deux femelles écureuils vont s'éprendre de Moustique et Merlin et finir apeurées ou déçues au moment de leur transformation en humain. Arthur retire une morale de son expérience avant de poursuivre son instruction par la métamorphose :

– L'amour a un grand pouvoir d'attraction sur les créatures.
– Plus grand que la gravitation ?
– Oui mon garçon, une force énorme, je dirais même que c'est la plus grande force sur cette terre (chap. 10-11).

Enfin, Merlin transforme Arthur en oiseau sans participer cette fois à la métamorphose. Il laisse à Archimède le soin de lui transmettre ses connaissances. Mais le garçon est capturé par Madame Mim, une sorcière, ennemie jurée de Merlin. Ils organisent un duel de sorcellerie dans lequel chacun doit se métamorphoser autant de fois qu'il le souhaite (uniquement en animal réel et sans avoir le droit de disparaître) pour détruire l'adversaire. Le héros devient tour à tour tortue, lapin, ver, morse, souris, crabe, bouc et microbe alors que Madame Mim revêt les apparences successives de crocodile, renard, poule, éléphant, chat, serpent, rhinocéros et dragon (chap. 15). Après avoir remporté la victoire en se transformant en microbe et en contaminant son adversaire, Merlin demande encore une fois à Arthur quelle morale il retire de leurs péripéties :

– Vous avez été épatant Merlin ! Mais vous auriez pu être tué !
– Oh ce n'est pas grave, mais en as-tu tiré une leçon ?
– L'intelligence… vous donne la vraie puissance !
– Très bien Moustique ! Aussi, continue tes études (chap. 15).

La métamorphose est donc l'outil principal de l'éducation du jeune garçon. Analysons à présent les instruments grâce auxquels Merlin peut faire appel à ce pouvoir. Au moment de la transformation de Moustique en poisson, le héros qui a déjà tapoté la tête du garçon avec le bout de son bâton, ne se souvient plus de la formule exacte et fait appel au hibou : « Archimède, quelle est donc la formule pour les poissons ? » (chap. 7). Notons que la position stratégique du hibou, au sommet du chapeau du héros, le place entre le ciel, le divin, d'où provient le savoir, et Merlin qui en est le bénéficiaire. Le savoir transiterait donc par Archimède avant d'arriver au héros, ce qui est bien représenté dans cette scène où le hibou constitue la mémoire de Merlin qui ne se rappelle plus de la formule magique (9). Le plan présente Archimède, perché et endormi sur la pointe du chapeau. L'extrémité de la baguette magique entre dans le champ et le bouscule à plusieurs reprises, sans que l'on puisse voir qui la manipule. Cependant, la voix hors-champ de Merlin indique indubitablement qu'il s'agit du héros. Bien qu'Archimède soit endormi, il ne tarde pas à donner la formule à Merlin : « Aquarius, aquaticus, poissonibus ! ». Ainsi, les deux instruments sont rassemblés ici dans un même plan : le hibou associé à la formule magique, et la baguette qui semble se mouvoir toute seule et est donc personnifiée. Mais la présence physique du héros ne va pas tarder à se manifester. Un plan rapproché sur Arthur montre la métamorphose en action. La main gauche de Merlin tenant la baguette est présente à gauche du plan. Elle tapote la tête du garçon à trois reprises en gardant une position horizontale. Au même moment, la voix hors-champ du héros prononce la formule magique rappelée précédemment par Archimède. C'est alors que de petites étoiles apparaissent au bout de la baguette. Puis le cadrage passe en plan moyen pour représenter au mieux la transformation d'Arthur : un tourbillon lumineux le parcourt de la tête aux pieds en le faisant disparaître petit à petit. Puis un gros nuage rose demeure alors que tout le décor est devenu rougeâtre et sombre. La musique change également à ce moment-là : une harpe entame des arpèges, ce qui suggère le merveilleux, la magie. Puis le nuage disparaît et les couleurs normales réapparaissent, alors que quelques petites étoiles demeurent encore. On découvre ce qu'il reste d'Arthur : un petit poisson orange. Merlin est donc resté absent de ce plan. Seule sa main, tenant la baguette, et sa voix sont présentes. Le réalisateur a voulu mettre en valeur la métamorphose, la représenter de la manière la plus absolue en lui consacrant tout un plan. Le héros qui en est l'instigateur n'apparaît qu'en partie (par sa main). Un élément très intéressant est à souligner. Après avoir métamorphosé Arthur, Merlin lui demande de l'attendre. Les plans suivants restent ensuite focalisés sur le garçon et ses premières secondes dans le monde aquatique. On ne voit pas la transformation de Merlin, elle reste mystérieuse : le héros rejoint Arthur sous l'apparence d'un poisson bleu. Il en va de même pour la métamorphose inverse. La dernière fois où Merlin apparaît sous la forme d'un poisson, il est emprisonné sous un casque, dans la rivière, pendant que Moustique est pourchassé par un brochet. Puis on le voit sortir de l'eau sous sa véritable apparence, avec le même casque sur la tête. Il s'est donc encore une fois métamorphosé secrètement, sans que le spectateur puisse le voir. Cela rejoint les exemples du texte médiéval de Robert énoncés ci-dessus. En revanche, on assiste à la métamorphose inverse d'Arthur. Celle-ci est presque identique à la première : la main gauche de Merlin apparaît à nouveau sur le côté gauche du plan, sa voix hors-champ prononce une nouvelle formule : « Slic, slac, slang ! ». Le petit poisson se change en un gros nuage rose qui laisse peu à peu apparaître Arthur, assis par terre, entouré de quelques étoiles subsistantes. On assiste presque à l'opération inverse de la première métamorphose, si ce n'est que l'étape du tourbillon lumineux a été supprimée, et que la formule est différente, ce qui montre son importance et son caractère indispensable. Ainsi, Merlin utilise la métamorphose en se servant de sa baguette associée à une formule magique. Le pouvoir en action est illustré avec la présence de petites étoiles et de nuages de fumée. Mais le spectateur va avoir accès à plus d'informations sur les transformations personnelles du héros au fil de l'histoire.

Après avoir pris l'apparence d'écureuils (cette fois le réalisateur choisit de ne pas montrer la métamorphose), Merlin et Arthur vont reprendre leur aspect initial (chap. 10). Notons que le héros est toujours le premier à le faire, comme s'il avait besoin de sa véritable apparence pour transformer Arthur. Bien que le spectateur puisse enfin voir le héros se métamorphoser, le mystère demeure encore quelque peu. En effet, c'est sous un tas de feuilles mortes dans lequel Merlin changé en écureuil est tombé, que la transformation va avoir lieu. Les feuilles se mettent à trembler et l'on entend la voix du héros prononcer la formule : « Alacazam ! ». Nous verrons qu'il s'agit d'une formule utilisée uniquement sur lui-même afin de reprendre son apparence initiale. Un nuage bleu et de petites étoiles vont alors se former pendant que le cadrage effectue un mouvement panoramique vertical ascendant. Merlin passe d'une taille minuscule à sa taille humaine. Ainsi, le réalisateur choisit de mettre en valeur la métamorphose à travers ce mouvement vertical ascendant de l'image, assez rapide et donc surprenant pour le spectateur, comme si le héros grandissait d'un seul coup. Mais Merlin est encore caché par le nuage bleu et les feuilles au moment de sa transformation. Cependant, le spectateur a accès à un peu plus d'informations que précédemment, notamment sur la formule utilisée. Merlin se rend ensuite auprès d'Arthur mais il ne va pas utiliser sa baguette. Hors-champ, il prononce simplement la formule de métamorphose inverse déjà observée : « Slic, slac, slang ! ». Arthur, sous l'apparence d'un écureuil, disparaît derrière un nuage rose et de petites étoiles, pour réapparaître comme Merlin après un mouvement panoramique ascendant de l'image. Cependant, ce mouvement est moins brutal et spectaculaire que celui du héros car le garçon est assis par terre.

Plus loin, Merlin va transformer Arthur en oiseau, sans l'accompagner cette fois (chap. 13). Le garçon, cadré en plan rapproché et en contre-champ, est accoudé à la fenêtre et rêve de pouvoir voler. Merlin s'approche discrètement de lui pour le transformer à son insu. Sa main droite cette fois, tenant la baguette, entre dans le champ gauche du plan et effectue un petit mouvement circulaire au-dessus de la tête d'Arthur. En même temps, on peut entendre le chuchotement incompréhensible hors-champ d'une nouvelle formule. À nouveau, des étoiles apparaissent au bout de la baguette et vont entourer le garçon. Mais le réalisateur utilise une nouvelle technique pour illustrer la métamorphose, celle du fondu enchaîné. L'image d'Arthur va peu à peu s'effacer, laissant le reste du plan intact. Au même endroit et en même temps, un petit oiseau orange, perché sur le rebord de la fenêtre, va apparaître progressivement. Encore une fois, les arpèges d'une harpe contribuent à créer une atmosphère magique. Notons que le réalisateur choisit à nouveau de faire l'ellipse de la transformation inverse. Ainsi, ces nouvelles métamorphoses confirment encore l'importance de la baguette (qui n'est cependant pas indispensable) et de la formule magique. Les techniques utilisées par le réalisateur pour illustrer ce pouvoir (les étoiles et le nuage de fumée) sont complétées par le fondu enchaîné.

Enfin, c'est dans son duel avec Madame Mim que le spectateur va enfin pouvoir voir Merlin se métamorphoser (chap. 15). Le réalisateur utilise plusieurs techniques. Parfois le héros est caché pendant sa métamorphose, comme par exemple lorsqu'il passe de l'apparence de lapin à celle d'asticot à l'intérieur d'un tronc d'arbre, ou encore lors de sa dernière transformation, quand il se change en microbe microscopique, caché dans les mains fermées de Mim. D'autres fois, il change de forme instantanément, entouré toujours de quelques petites étoiles, comme lorsqu'il passe de son aspect initial à celui de tortue, puis de tortue à lapin et plus loin de morse à souris, de souris à crabe et encore plus loin de bouc à souris. Enfin, le réalisateur utilise parfois la technique de la déformation. Merlin se sert de la forme de l'animal dont il a pris l'apparence pour se métamorphoser : par exemple, lorsqu'il a l'aspect d'un asticot, il grossit et finit par devenir un morse, ou lorsqu'il s'est changé en crabe, ses membres s'agrandissent et se développent de manière à former un bouc. Ainsi, Merlin se transforme à de multiples reprises et offre le spectacle de son pouvoir dans toute sa splendeur. Notons qu'il n'utilise ni baguette ni formule magique lors de ce duel. Il est donc capable de se métamorphoser de manière plus abstraite, par sa seule volonté. Enfin, la dernière fois où Merlin utilise son pouvoir sur lui-même est lorsqu'il revient de Saint-Tropez pour aider Arthur qui ne se sent pas capable d'assumer son rôle de roi (chap. 17). Il arrive, habillé en vêtements de plage, tenant sa baguette dans la main gauche. Il s'en donne un coup sur le crâne en prononçant la formule qui lui est spécifique : « Alacazam ». Il disparaît, laissant place au nuage bleu et aux petites étoiles, puis réapparaît en se déployant de haut en bas, dans ses vêtements initiaux. Ainsi, le spectateur a accès à de plus en plus d'informations sur la métamorphose. Lors du duel avec Madame Mim, de nouveaux éléments apparaissent : la formule et la baguette ne sont pas indispensables lorsque Merlin utilise son pouvoir sur lui-même. Par sa seule volonté, il semble capable de se métamorphoser. D'autre part, on observe de nouvelles techniques qui illustrent ce pouvoir : les transformations instantanées, les déformations ainsi qu'un déploiement de l'image de haut en bas, lors du retour de Saint-Tropez.

La métamorphose est donc un pouvoir auquel le film de Walt Disney donne une importance considérable. Il est constamment présent pour rythmer les aventures de Merlin et Moustique et constitue l'outil principal de l'éducation du futur roi. La baguette (10) et la formule en sont les instruments fondamentaux bien que facultatifs puisque Merlin est aussi capable d'utiliser ce pouvoir par sa seule volonté ce qui montre encore sa grande maîtrise sur celui-ci. Enfin, le héros se dévoile petit à petit, tenant en haleine le spectateur, pour finir par montrer son pouvoir dans toute sa splendeur. Notons qu'il subsiste un aspect négatif sur la métamorphose, héritage des textes médiévaux. Hector a peur d'être transformé en pierre s'il chasse Merlin du château :

– Nous devrions chasser ce sorcier de malheur du château !
– Oh non non non, Key, non ! Il pourrait jeter un maléfice sur nous tous et nous changer en pierre ! C'est le diable, il est capable de tout !
– Non ce n'est pas le diable, il est gentil et sa magie est bénéfique (chap. 11) !

L'intervention de Moustique pour défendre Merlin montre bien que les choses ont changé et que le héros contemporain ainsi que ses pouvoirs ne sont plus diaboliques (« sa magie est bénéfique ! »). Pour finir, notons que le héros conserve toujours une ressemblance physique avec sa forme humaine : la couleur bleue de sa robe de sorcier devient celle de ses apparences animalières, il garde parfois une petite moustache blanche, héritage de sa longue barbe, ainsi que ses yeux ridés cachés derrière ses lunettes rondes et soulignés par d'épais sourcils blancs. De même, il garde sa voix et son langage humain pour s'adresser à Moustique. Le réalisateur montre ainsi que Merlin change de forme mais reste toujours lui-même, comme s'il revêtait un déguisement. Il n'est pas un véritable poisson ou écureuil, perdu dans la multitude des animaux de sa race, il reste reconnaissable malgré tout, un humain à l'apparence animale.

Steve Barron, John Boorman et Walt Disney offrent au spectateur des informations précieuses sur le pouvoir de métamorphose, demeuré mystérieux au Moyen Âge. Les mains, le charme associé au souffle du dragon ou la formule associée à la baguette magique deviennent des instruments fondamentaux de ce pouvoir, qui permettent à Merlin de l'utiliser de manière concrète. Les cinéastes contemporains développent considérablement la métamorphose médiévale en la démystifiant, elle n'est plus un attribut diabolique qui effraye, au contraire, elle étonne et émerveille les personnages ou le spectateur, grâce à l'utilisation de toutes sortes de techniques cinématographiques qui la mettent en scène et soulignent son rôle primordial dans la diégèse filmique.

NOTES

(1) Résumé et traduction d'Edmond Faral, La Légende arthurienne, études et documents , Paris, Honoré Champion, 1929, tome 2 (« Geoffroy de Monmouth »), p. 254.
(2) Robert de Boron, Merlin (trad. Alexandre Micha), Paris, Garnier-Flammarion, 1994, p. 138. (3) Op. cit ., p. 96.
(4) Rappelons que le déguisement et la tromperie relèvent du diable. Dans l'Évangile de saint Luc, Satan prend l'apparence de Judas : « Satan entra en Judas, appelé Iscariote, qui était au nombre des Douze ; Judas s'en alla parler avec les chefs des prêtres et les officiers de la garde du Temple. » (Évangile de saint Luc, chapitre 22, versets 3-4. Édition utilisée pour toutes les citations bibliques : Le Nouveau Testament, Les Éditeurs du Rameau, Paris, 1994.). De même, Jésus ordonne à un mauvais esprit de sortir du corps d'un homme : « Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit mauvais, qui se mit à crier : " Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. ". Jésus l'interpella vivement : " Silence ! Sors de cet homme. " L'esprit mauvais le secoua avec violence et sortit de lui en poussant un grand cri. » (Évangile de saint Marc, chapitre 1, versets 23-26). Parmi les tromperies dont le démon se rend coupable, celles qui recourent à l'imitation sont très fréquentes. Le diable est avant tout celui qui singe, qui contrefait ou qui parodie. Ainsi, chez Robert de Boron, les diables se réunissent pour créer une réplique du Christ, un Antéchrist. Ils parodient Dieu : « C'est ainsi que le diable entreprit de créer un être qui eût sa mémoire et son intelligence pour se jouer de Jésus-Christ. » ( Op. cit ., p. 25).
(5) Barron, Steve, Merlin (téléfilm), U.S.A., Hallmark Entertainment, G. C. T. H. V. Distribution, 1998 (DVD Merlin , G. C. T. H. V. Distribution, 2004, voir chapitrage : annexe 1).
(6) « Ulfin, dit Merlin, est quitte de sa faute qui a favorisé vos amours, mais je ne suis pas quitte de la mienne vis-à-vis de la dame et de l'enfant qu'elle porte sans savoir de qui il est. » (Op . cit ., p. 150).
(7) Boorman, John, Excalibur , U.S.A. , Warner Bros/Colombia Films, 1981 (DVD Excalibur , Warner Home Video France, 2000, voir chapitrage : annexe 1).
(8) Reitherman, Wolfgang, Merlin l'Enchanteur ( The Sword in the stone ), U.S.A., Walt Disney, Buena Vista Home Entertainement, 1963 (DVD Merlin l'Enchanteur , Disney DVD, 2003, voir chapitrage : annexe 1).
(9) Lorsque Merlin se déplace, Archimède l'accompagne, souvent perché sur la pointe de son chapeau. Or, Georges Foveau nous rappelle la symbolique de celui-ci : « Le couvre-chef est symbole de connaissances et de pouvoir dans de nombreuses traditions. Ainsi, pour les Juifs et en particulier pour les kabbalistes, le chapeau est tout autant l'enseigne du savoir que sa protection. Il conserve les connaissances à l'intérieur du crâne de l'érudit qui risquerait de les laisser s'envoler si elles étaient exposées à tous les vents. » ( Merlin l'enchanteur, scénariste et scénographe d'Excalibur , Paris, L'Harmattan, 1995, p. 108). Ainsi, Archimède perché au sommet du chapeau de Merlin est directement en relation avec les notions de savoir, de connaissance et de pouvoir. Le savoir passerait par le hibou avant d'arriver au héros.
(10) « Bâton de pouvoir ou baguette magique, cet accessoire est indéniablement l'insigne de pouvoirs et d'autorité dans nombre de cultures y compris les traditions celtiques dont émane Merlin […]. Le bâton de Moïse, par exemple, est une autre illustration de cette fonction du bâton : il place Moïse comme guide du peuple d'Israël et comme son protecteur magique. » (Foveau Georges, op. cit. , p. 115). La baguette de Merlin est la source de tous les pouvoirs. Il l'utilise pour les métamorphoses (lors du combat contre Madame Mim), pour les déplacements d'objets, pour faire tomber la neige sur Hector dans le château (chap. 5) ou encore pour montrer l'endroit d'où tombera Arthur dans sa cabane (chap. 3). Elle participe donc même du pouvoir de clairvoyance. Comme nous l'avons vu, elle prend la fonction de baguette de chef d'orchestre lorsque Merlin déplace plusieurs objets à la fois, afin de maintenir un certain ordre et d'apparaître en régisseur. Elle peut aussi revêtir une fonction d'enseignement, d'éducation : le héros la brandit souvent tout en scandant des paroles morales à Moustique : « Mais en tous cas ne pense pas que tout s'arrange avec la magie et qu'elle résout tous les problèmes parce que c'est faux ! » (chap. 4). Enfin, elle est aussi un simple accessoire, mais qui sert rarement de canne ou d'appui. Lorsque Merlin et Moustique traversent la forêt pour se rendre au château, elle se trouve à l'horizontale dans la main de l'enchanteur, il ne s'appuie jamais dessus mais s'en sert comme d'un bâton de ski alors qu'il dévale une pente en glissant sur les talons (chap. 4). Elle est un outil indispensable au héros, elle semble apparaître au moment où il en a besoin, puis disparaître dans sa manche ou ailleurs. On ne voit jamais Merlin la prendre ou la poser. Lorsque le héros attend Moustique, il se sert de sa baguette pour délimiter le lieu où l'enfant va atterrir, puis il s'assoit et fume sa pipe, sans qu'on ait vu où elle est passée. De même, quand l'enfant lui annonce qu'il doit rentrer au château, il saute de son fauteuil avec la baguette à la main (chap. 3).

 

Gaëlle Zussa, Cadrage Juin 2008

 

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