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QUAND WOODY ALLEN PREND
LES ARMES
par Alexandre Tylski
Expérience intéressante que ce nouveau
cru de Woody Allen. Un Woody Allen plus politique que jamais. A
croire que le monde va vraiment mal pour que Woody Allen prenne
les armes au sens littéral du terme - interprétant
un vieux paranoïaque amoureux des armes à feu et de
l'autodéfense. Passant allègrement du psychotique
au psychopathe, Woody Allen parle dans ANYTHING ELSE moins d'un
jeune couple fébrile et inconstant que d'un monde troublé
et violent sur lequel pèse une menace invisible mais constante.
Dans ANYTHING ELSE, le couple est à bien des niveaux une
sorte d'alibi (décevant peut-être ceux qui s'attendaient
à une énième variation sentimentale de Woody
Allen). Celui-ci ne se répète plus vraiment (une critique
qu'on lui faisait facilement ces derniers temps), mais propose en
quelque sorte une nouvelle ouverture, ou, s'il en est, une ouverture
plus avouée que jamais dans son cinéma: la politique.
Dans ses premiers films, Woody Allen évoquait
déjà la politique et le monde (GUERRE ET AMOUR ou
encore BANANAS), ses films suivant dissimulant habilement son inclination
à parler de notre société (et du monde) dans
ses travers politiques (STARDUST MEMORIES). ANTYTHING ELSE représente
probablement ainsi le film le plus politique de Woody Allen avec
pour origine il va s'en dire les frasques belliqueuses de ces dernières
années, et preuve que le cinéma de Woody Allen a toujours
pris ses racines dans le social.
ANYTHING ELSE est le portrait d'un New York sous
une autre lumière celle, aussi, du jeune Darius Khondji)
: Allen y filme l'île Manhattan sans les Twin Towers et le
fait de façon silencieuse, sans démonstration, comme
une douleur trop présente pour être dite. Une arrière-pensée
déchirée et béante. Et un New York (un mini-Monde)
plus antisémite que jamais où la paranoïa habituelle
de Woody Allen (on se rappelle ANNIE HALL) prend ici un aspect obsessionnel
effrayant.
Rare de voir Woody Allen incarner un personnage
au regard "nettement trouble", voire inquiétant.
Rare de voir Woody Allen tenir un fusil avec un sérieux à
la fois emprunt d'ironie et de colère. ANYTHING ELSE montre
ainsi un Woody déboussolé incapable de se maîtriser,
un Woody vengeur (il démolie une voiture sans un mot et sans
ménagement), mais un Woody, aussi, surtout, conscience de
la jeunesse.
Woody Allen, s'il ne joue pas ici le rôle
principal, incarne pourtant la conscience du jeune héros,
un vieux sage aux conseils inévitables. Il est la conscience
tour à tour libératrice et dangereuse de ce jeune
(dont l'allure, les lunettes et les préoccupations (l'écriture
et les femmes) rappellent le Woody Allen des années 70).
Woody Allen conscience d'un nouveau millénaire, d'une nouvelle
génération.
ANYTHING ELSE n'est pas forcément un film
hilarant ni burlesque, et peut-être tant mieux. Un film de
grande maturité, d'abord constat constant d'un monde actuel
sans repères et sans boussole. Ou la cartographie réside
dans un à venir fantasmé vers l'Ouest (la Californie),
retour aux rêves des pionniers de l'Amérique, retour
aux restes du monde. A ce qui reste et à ceux qui restent
(et ceux qui ne restent pas). A tout le reste.
Alexandre Tylski est rédacteur en chef de la revue Cadrage
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